A l'heure ou des mouvement d'indignés se développent dans toutes les grandes villes des pays riches, il me semble que les causes des crises que nous traversons n'ont pas été correctement analysés tant par les élites qui sont en charge de les juguler que par ces mouvements citoyens qui ont pris conscience qu'il y a quelque chose de pourri aux royaume de l'économie mondiale.
Ainsi je propose de faire un retour en arrière pour découvrir les vraies causes de ces crises à répétition depuis maintenant près de 40 ans et le premier "choc pétrolier" de 1973.
Lorsqu'une ressource non-renouvelable, comme le pétrole, le cuivre, est exploitée, son coût dépend de la difficulté de son extraction. Au fur et à mesure que la ressource est exploitée, son coût d'extraction augmente, jusqu'à devenir plus élevé que le cours du marché, l'extraction devient non rentable et doit cesser.
Le boom économique des deux derniers siècles est dû à la révolution scientifique qui à permis l'extraction et l'utilisation de ces ressources. Cependant sans ressource utilisable, la révolution scientifique ne peut rien créer dans le monde matériel, les deux sont étroitement liées et la croissance mondiale en dépend. Tant que la croissance de l'extraction des ressources peut continuer, la croissance du PIB peut continuer.
Au cours des deux derniers siècles, au fur et à mesure que la croissance a produit ses bienfaits pour l'humanité, cette dernière est passée d'environ 1 milliards d'habitants (en 1800) à 7 milliards aujourd'hui. Cette explosion démographique sans précédent combinée à la croissance de l'utilisation des ressources par habitant entraîne une dégradation exponentielle des ressources disponibles et une augmentation de leur coût.
Depuis 1965 la tendance de croissance mondiale est donc très clairement baissière, y compris en dehors des périodes de crise, alors même que la mondialisation permet à de grands pays comme la Chine et l'Inde de croître à leur tour rapidement mais sans compenser les baisses de croissance dans les pays développés.
Dans le même temps la recherche scientifique et les technologies se sont développées de façon fulgurante.
La baisse de la croissance mondiale depuis 1965 ne peut pas s'expliquer par un ralentissement de la liberté des échanges sur les marchés mondiaux. Bien au contraire, la mondialisation a permis de libérer le marché mondial en contournant les lois sociales et autres régulations nationales et dans bien des cas en contraignant les états à assouplir les règles entravant la libre circulation des biens, des services et des devises.
Cette mondialisation en abaissant les coûts de production industriels est venu soutenir la croissance mondiale même si dans le même temps elle a causé une contraction du secteur industriel dans les pays développés qui a forcé, ou permis selon les opinions, l’essor du secteur tertiaire.
Jamais le monde n'avait connu une telle liberté financière et d'affaire internationale.
De plus les pays développés se sont endettés un peu plus chaque année pour soutenir cette croissance mondiale qui n'a pourtant jamais retrouvé sa vigueur d'avant 1965.
Dans cette période, la population mondiale a continuée à croître bien que son rythme de croissance ait ralenti lui aussi a partir du milieu des années 60 (source). On pourrait donc être tenté de penser que la baisse de la croissance du PIB mondial soit causée par le ralentissement de la croissance de la population mondiale.
Cependant à y regarder de plus prêt on constate que la croissance de la population mondiale qui était de 2,2% en 1963 à été ramenée à 1,25% en rythme annuel en 2000. Cette baise de 0;95% ne saurait expliquer à elle seule la baisse de croissance du PIB de 1,85% en moyenne chaque année sur la même période si on considère la progression des autres macro-facteurs de croissance précités.
Si un lien entre croissance démographique et croissance du PIB était établi, le lien de causalité serait probablement inversé. En effet, c'est clairement la croissance mondiale qui depuis 1800 avait permis l'augmentation de la croissance de la population mondiale, il serait donc pensable que ce soit la baisse de la croissance du PIB qui puisse être la cause de la baisse de la croissance de population et non le contraire.
Si la terre avait disposée de plus de ressources n'aurait-elle pas probablement permis de poursuivre la croissance de la population mondiale plus longtemps ainsi que celle du PIB?
Tous ces indicateurs à la hausse (population, technologie, libéralisation des marchés, endettement des états) auraient dû permettre de maintenir la croissance mondiale et plus probablement l'accélérer. Ce n'est donc ni la faute de croissance de la population, ni des technologies, ni du libéralisme économique, ni le manque de stimulation par les états qui peut être responsable de la baisse de croissance enregistrée depuis 1965. La seule cause possible est l'augmentation du coût des ressources due à leur raréfaction progressive.
L'augmentation du coût moyen de l'ensemble des ressources freine la croissance. Les entreprises ne peuvent plus croître aussi rapidement et ralentissent leurs investissements au fur et à mesure que la croissance de leurs revenus s'affaiblie.
Alors que la croissance des investissements des entreprises est désormais plafonnée par les ressources, les banques se trouvent à leur tour confrontées à une baisse de croissance des prêts et en conséquence voient les revenus d'intérêts progresser plus faiblement.
Idem pour les investissements en capital par les banques d'investissement, comme Lehman Brothers, dans les entreprises qui ne progressent plus autant qu'avant.
A ce stade il est nécessaire de clarifier le rôle des banques dans l'économie. Les banques ne sont pas des entreprises comme les autres, car elle ont le pouvoir de créer de la masse monétaire avec chaque prêt octroyé. Ce sont les états qui délèguent ainsi la gestion du risque de défaut de remboursement des prêts. Ainsi pour créer une banque, il ne suffit pas de le décider, l'autorisation d'exercer cette activité est soumise à un agrément de l'autorité financière de l'état. En cas de défaillance d'une banque l'ensemble des citoyens sont les garants en dernier ressort par l'intermédiaire de leurs états et de leurs impôts.
A partir de 2003, afin de compenser ces pertes de croissance, pour satisfaire leurs actionnaires désirant eux aussi une augmentation de leur capital investi, mais aussi à cause d'une concurrence acharnée entre les banques, celles-ci relaxent les conditions d'obtention de prêts immobiliers aux particuliers dans un contexte politique permissif ne contrôlant que trop peu la gestion du risque par des états faisant entièrement confiance à leur système bancaire délégué.
Cependant les banques, dans leur compétition vers toujours plus de croissance viennent de trahir cette confiance sans qu'aucun signe ne transparaisse si ce n'est une exubérance douteuse des prix de l'immobilier.
Les banques prêtent désormais sans apport, à des taux trop faibles, ne s'assurant pas convenablement de la capacité des emprunteurs à rembourser. Cette relaxe a pour effet de relancer un peu la croissance mondiale avec des répercutions vertueuses sur tous les secteurs de l'économie mondiale, permettant une croissance des revenus fiscaux des états qui peuvent alors continuer à s'endetter sans affaiblir les deux ratios clé: dette sur PIB d'une part et déficit sur ressource budgétaire d'autre part.
Cependant, a partir de début 2007 un jeune ménage désireux d'accéder à la propriété modestement aurait dû faire un emprunt sur 40 ans si les conditions traditionnelles d'obtention de prêt avait été maintenues. Ce déséquilibre entre le prix de l'offre et la capacité réelle d'achat est le principal signe qu'une bulle immobilière est présente et que son explosion n'est plus qu'une question de mois.
La suite est bien connue, après quelques années de généralisation de ces pratiques à haut risque et l'incroyable bulle immobilière qu'elle à créée, les prêts commencent à faire défaut finissant par entraîner la faillite de Lehman Brothers, la baisse du marché de l'immobilier mondial, des revenus fiscaux puis la quasi-faillite d'états entiers sauvés in extremis par des annulations de dette adossées à des plans d'austérité.
Cette crise prend donc sa vraie source dans la raréfaction des ressources, de l'incapacité de notre économie à s'affranchir des ressources fossiles et minières non-renouvelables accompagnée d'une fuite en avant pour maintenir sous perfusion une croissance devenue impossible.
Cependant les solutions adoptées par les états et la finance mondiale semble ignorer cette cause. Toute l'économie est basée sur des ressources condamnées à disparaître et pourtant aucun gouvernement ne semble prendre cela en considération.
Les plans de sauvetages actuels sont basées sur la "croyance" en une croissance à venir. Hors cette croissance, basée sur l'exploitation sans cesse croissante de ressources finies, ne peut plus avoir lieu. Elle ne sera pas car dès que l'économie sortirait de son anémie, elle entraînerait inévitablement un rebond de la demande dans des ressources décroissantes et dont le prix ne cessera pas d'augmenter. Ainsi la croissance sera a nouveau plafonnée par des ressources décroissantes. Même si la croissance mondiale ne revenait pas rapidement, la baisse des ressources finirait au bout de quelques années à forcer la croissance encore plus bas jusqu'à forcer le monde dans un état de décroissance bornée par la décroissance des ressources non-renouvelables.
Nous sommes donc un peu comme dans un cauchemar, enfermés dans une pièce dont le plafond descendrait inexorablement.
Pour cette raison, il faut donc s'attendre à une nouvelle crise, une troisième après celles de 2008 et 2011. Cette nouvelle crise touchera tous les états endettés en par ricochet l'ensemble des économies mondiales. Il n'y aura pas de super état pour sauver les états. Les réserves de la Chine et de l'Inde en Dollars et Euros sont bien trop faibles pour supporter la faillite de l'ensemble des pays du G8 incapable de rembourser leurs dettes alors que leurs recettes fiscales diminuent.
C'est pour cela que je qualifie la crise dans laquelle nous nous trouvons d'Hypercrise. C'est crise remet en question certains des fondements de l'économie que l'on croyaient solides après la chute du communisme il y a une vingtaine d'années.
Dans le prochain billet je parlerais des solutions pour sortir de l'Hypercrise. Ces solutions sont bien évidemment basées sur la compréhension de la vraie source des crises récentes mais devra aussi tenir compte des autres défis du 21ème siècle dont les prémisses sont dors et déjà prévisibles comme celle des ressources qui se renouvellent à un rythme inférieur au rythme actuel d'exploitation (eau potable, terre arables, ressource halieutique) et des effets désastreux sur l'ensemble de la population mondiale d'une politique dont la vision à court-terme interdit d'anticiper et d'infléchir les effets négatifs à long terme de notre formidable succès scientifique, technologique et économique.
Je pense qu'il n'est peut-être pas trop tard pour que ces solutions puissent éviter le pire chaos qui provoquerait une réduction brutale de la population mondiale par des mécanismes que je n'ose décrire tant ils sont imprévisibles. Cette réduction s'accompagnant d'une décroissance non choisie et non maîtrisée par des états sans cesse en retard d'une crise.